Apprentissage et formation professionnelle, quel big bang ?

SYNTHÈSES DES ATELIERS DÉBATS U2P 2018​

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Autour de la table pour répondre aux questions :
  • Marie-Caroline MISSIR : Directrice du développement de Digischool / un groupe leader de l’éducation numérique en France / également ex-directrice de la rédaction du magazine l’Etudiant.
  • Laurent MUNEROT : Président de la commission orientation, éducation et formation de l’U2P
  • Joël MAUVIGNEY : Vice-président de l’U2P en charge de l’orientation, de l’éducation et de la formation
  • Alain DRUELLES : Chargé de la mise en œuvre de la réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage au sein de la Délégation Générale à l’Emploi et à la Formation Professionnelle.
  • Sylvain MAILLARD : député La République en Marche de la 1re circonscription de Paris

Atelier débat, "Apprentissage et formation professionnelle, quel big bang?"

Cet atelier-débat était consacré à la réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle. Elle a été présentée comme un « big bang », une « révolution copernicienne »… La loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » a pour ambition de transformer de fond en comble les règles de la formation professionnelle et de l’apprentissage. Le président Griset l’a dit ce matin : « l’U2P fonde beaucoup d’espoir sur cette loi pour faciliter la vie du maître d’apprentissage et permettre aux jeunes de trouver un métier correspondant à la réalité économique ».

Alors simplifier les dispositifs, lever les freins, sécuriser les parcours, lutter contre le chômage des jeunes… Les objectifs de la réforme se retrouvent-ils dans la loi ?

Nouveauté oblige, les prises de parole se sont plutôt axées sur les changements engendrés par la réforme…

1. L'apprentissage

Les entreprises de l’U2P forment la moitié des 420.000 apprentis de France. C’est pourquoi les échanges se sont logiquement concentrés sur cette thématique. D’abord en rappelant ce qui change : « Aucune réforme n’a abordé autant de points, selon Alain Druelles. On rapproche l’orientation du terrain. On a simplifié la procédure de séparation entre l’apprenti et l’employeur. Entrer et sortir de formation à tout moment est plus facile, il n’y a pas de minimum d’heures, la mise en œuvre facilité et adaptée aux contraintes des entreprises. »

Et côté financement, la règle est désormais la suivante : « je signe un contrat, j’ai un financement ». L’opérateur de compétences ne peut pas le refuser. Les aides viendront d’un seul tuyau, celui de l’Urssaf.

De son côté, Sylvain Maillard a rappelé un chiffre fort : « 1,3 million de jeunes n’ont ni formation, ni emploi. On a un déficit de compétences en France. Si on ne les forme pas, on n’arrivera pas à baisser le taux de chômage. » Or, aujourd’hui, l’apprentissage ne concerne que 7% des jeunes de 16 à 25 ans. « C’est pourquoi les CFA vont se multiplier, notamment dans les lycées pro, où ils seront obligatoires, a repris le député de Paris.

Réaction de Laurent Munerot : « L’Education nationale va devoir créer des CFA, les entreprises pourront le faire aussi alors que les CFA ne remplissent pas… Il ne faudrait pas que ça fasse trop et qu’on oublie que ce sont aux professionnels de fixer les priorités en termes de formation. »

Malgré la bonne volonté du gouvernement, reconnue par tous les interlocuteurs,  Marie-Caroline Missir a rappelé que « les grandes annonces se succèdent depuis des années… Ces plans volontaristes n’arrivent pas à porter leurs fruits en France à cause de difficultés réglementaires, mais plus fondamentalement d’un problème de culture.

 « L’apprentissage reste vécu comme un échec. Ce n’est pas le cas chez nos voisins », a insisté Marie-Caroline Missir, rappelant que l’ancien chancelier allemand Schröder est passé par l’apprentissage.

 « Nous en avons ras le bol d’entendre que l’apprentissage est une voie de garage, a renchérit Joël Mauvigney. Mais pour changer les mentalités, il faudra 20 ans. Il va falloir sensibiliser les parents, arrêter de donner de bonnes notes aux enseignants quand ils envoient leurs élèves vers des études longues. Le ministre de l’Education nationale nous avait promis de nous aider dans la communication. Il est en train de lever le pied », a-t-il regretté. Avant de lancer un appel aux chefs d’entreprise eux-mêmes :  pour accepter de les recevoir et de les former.

Une question envoyée par sms provoque l’hilarité de la salle : «  pourquoi ne pas faire des stages dans les entreprises artisanales pour les conseillers d’orientation ? » Marie-Caroline Missir prend le partie de ces personnels qui servent souvent de bouc-émissaire. « Il faudra aussi des initiatives locales pour informer les jeunes et leurs parents et que les entreprises s’investissent fortement », a relevé de son côté Sylvain Maillard.

2. La réforme de la formation professionnelle

Comme pour la première partie sur l’apprentissage, la seconde s’est limitée pour beaucoup à présenter les nouveautés.

« Il fallait faciliter le départ en formation de nos salariés. La ministre l’a bien entendu », a souligné Joël Mauvigney. On a des salariés qu’on a besoin de former, les métiers évoluent. On s’inscrit dans un parcours tout au long de la vie, ça change beaucoup de choses, a renchérit Laurent Munerot. Et côté, financement, l’idée est de concevoir un organisme paritaire collecteur adapté au périmètre des métiers de l’U2P.

Alain Druelles a été chargé de présenter les principales nouveautés de cette réforme : « Toutes une série de règles contingentaient la formation. L’idée était, selon lui, de simplifier ces règles, favoriser les formations à distance, ou en situation de travail. » Un tas d’acronymes compliqués renvoyait à des dispositifs différents. Tout ceci est remis sur la table. Sur le Compte personnel de formation : on est passé à une monétisation en euros, accessible depuis une application afin que la personne conduise son propre parcours, sans passer par un intermédiaire. Sauf si besoin, auquel cas on a aussi revu l’accompagnement, le conseil. En bref, « on a armé l’individu pour qu’il conduise son projet », selon Alain Druelles.

Ce sujet a donné lieu à un vif échange entre Sylvain Maillard et Joël Mauvigney. « Il y a un risque, selon ce dernier. Comme le salarié choisit sa formation, elle ne sera pas forcément adaptée à l’entreprise. Attention aux dérives. »

Pour le député de Paris, « nos métiers vont profondément se transformer. Les salariés eux-mêmes vont changer 5 ou 6 fois de métiers et plus seulement d’entreprises. Les temps ont changé. En tant que puissance publique, on doit les aider à développer leur employabilité. »

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